Manitoba
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Bureau des personnes handicapées Manitoba

Citoyens à part entière:
une stratégie MANTOBAINE pour les personnes ayant des déficiences

La citoyenneté à part entière
L'acc s des Manitobains ayant des dficiences
Perspective historiquee

Introduction

La citoyenneté à part entière

Une vision englobante de la citoyenneté ne peut exclure les personnes ayant des déficiences. La pleine citoyenneté existe quand les personnes ayant des déficiences ont accès aux régimes et aux programmes sociaux, de loisirs et d'emploi qui sont ouverts à leurs concitoyens. Pour atteindre cet objectif, il faudra mettre en place des mesures d'accès aux programmes et aux services généraux pour l'ensemble des Manitobains, y compris les personnes ayant des déficiences. Ce faisant, nous donnerons suite aux engagements formulés dans des documents tels que À l'unisson : Une approche canadienne concernant les personnes ayant des déficiences.

La citoyenneté à part entière repose sur quatre piliers :

  • les mesures de soutien du revenu;
    • l'accessibilité du gouvernement;
    • les mesures de soutien pour les personnes ayant des déficiences;
    • l'accès à l'emploi.

Le gouvernement du Manitoba reconnaît que, dans chacun des secteurs énumérés ci-dessus, des changements seront nécessaires pour abolir les obstacles qui empêchent les personnes ayant des déficiences de jouer pleinement leur rôle de citoyen. Le présent Livre blanc établit le Plan d'action qui articulera la suite du travail amorcé pour que les Manitobains ayant des déficiences puissent jouir pleinement de leur statut de citoyens à part entière. Le Livre blanc décrit en outre les mécanismes qui permettront aux Manitobains de mesurer les progrès accomplis vers la création d'une société plus intégrée.

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L'acc s des Manitobains ayant des dficiences

Selon les dernières données démographiques disponibles (les tableaux pour le Manitoba de l'Enquête sur la santé et les limitations d'activité de 1991 de Statistique Canada), 17,6 p. 100 des Manitobains, soit 183 635, étaient atteints d'une déficience en 1991. La population autochtone de la province est particulièrement affectée : 25,8 p. 100 ont déclaré être atteints de déficiences.

On ne s'en étonnera pas, les personnes âgées sont plus susceptibles d'être atteintes de déficiences. Cependant, les jeunes sont aussi fortement représentés : 8,2 p. 100 des 15 à 34 ans ont des déficiences, un pourcentage qui grimpe à 13,8 p. 100 chez les 35 à 54 ans. Nombre de ces personnes sont confrontées à des obstacles majeurs qui les empêchent de participer pleinement à la vie sociale.

Beaucoup de Manitobains ayant des déficiences sont aux prises avec des difficultés économiques permanentes. Parmi eux, 48 p. 100 de ceux qui sont en âge de travailler ne participent pas au marché du travail (ils sont en chômage ou ils ne cherchent pas un travail de façon active), contre 24 p. 100 chez les personnes qui ne sont pas atteintes de déficiences. Résultat : les Manitobains ayant des déficiences sont beaucoup plus à risque de vivre dans la pauvreté que le restant de la population. Un accès égal à l'éducation, à la formation et aux programmes de soutien augmenterait certainement leurs possibilités de se trouver un emploi et d'améliorer leur situation économique.

Il importe de déterminer, au bénéfice des Manitobains ayant des déficiences de tous âges, les domaines à améliorer au chapitre de l'intégration, dans les secteurs publics et privés aussi bien que dans la société en général.

Le travail est déjà commencé. Ainsi, l'Initiative d'étude des programmes d'enseignement à l'enfance en difficulté s'est inspirée des accomplissements des dernières décennies pour faire de l'intégration une réalité dans les salles de classe. Le Manitoba s'est doté de services sociaux complets pour aider les enfants ayant des déficiences et leur famille, par l'entremise notamment de programmes tels que les services spéciaux pour enfants et les services de garderie; les services de santé tels que le maintien des soins à domicile, de même que les services d'orthophonie. Ainsi, quelque 1 000 enfants ayant des déficiences fréquentent tous les jours les mêmes garderies que les autres enfants, grâce à des subventions spéciales du provincial. Certes, il faudra revoir et moderniser constamment ces services, mais ils constitueront la base de l'intégration des enfants en bas âge, qui peuvent ainsi se préparer en vue de l'entrée à l'école.

C'est au moment où les enfants ayant des déficiences deviennent adultes et qu'ils quittent l'école que la pleine intégration devient plus difficile. Que ce soit au chapitre des mesures de soutien pour les personnes ayant des déficiences, de l'éducation et de la formation postsecondaire, de l'accès à l'emploi ou du soutien au revenu, il faudra construire un réseau de services et adopter des politiques qui favoriseront la pleine intégration et l'accès au statut de citoyen à part entière pour les Manitobains adultes qui ont des déficiences. Pour cette raison, ce document de discussion met l'accent principalement sur les difficultés auxquelles font face les adultes ayant des déficiences, tout en établissant un cadre pour les initiatives d'intégration des Manitobains de tous âges.

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Perspective historique

Depuis toujours, l'humanité a compté des personnes ayant des déficiences, mais leur statut social a connu de profonds changements, notamment au cours du dernier siècle. Traditionnellement, les personnes ayant des déficiences étaient confinées à la mendicité. La révolution industrielle de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècles a donné naissance à une réforme urbaine qui a imposé un nouvel ordre sur une société aux prises avec des bouleversements sociaux et économiques. Dans la foulée, les mendiants ont peu à peu été exclus de la rue. Les personnes ayant des déficiences, qui avaient acquis un statut modeste au sein de la société, ont bientôt été enfermées dans des asiles d'aliénés ou de pauvres. L'âge de l'exclusion commençait.

Au cours du XXe siècle, le mouvement eugénique a marqué une ère particulièrement sombre pour les personnes ayant des déficiences. S'inspirant des découvertes de Mendel dans le domaine de la génétique et des théories de Darwin sur la sélection naturelle, les planificateurs sociaux occidentaux avaient supputé que l'espèce humaine pourrait être améliorée par l'élimination systématique des personnes ayant des déficiences. Ce concept a connu son expression la plus horrible à l'ère des Nazis en Europe, qui ont tué plus de 100 000 personnes ayant des déficiences. L'influence de la pensée eugénique a dépassé le règne des Nazis et de l'Holocauste - il suffit de penser aux politiques de stérilisation des handicapés adoptées par les gouvernements occidentaux durant la première moitié du XXe siècle.

La population a commencé à changer d'attitude après la Seconde Guerre mondiale. Elle y a été forcée par le retour au bercail de nombreux soldats handicapés, qui se sont mis à la recherche des meilleurs soins de santé et des meilleurs services de réadaptation disponibles et, à l'instar des autres soldats, d'un emploi. Il était difficile d'ignorer leurs demandes. À la faveur de thérapies de réadaptation de plus en plus novatrices, il est devenu de plus en plus difficile d'exclure les personnes ayant des déficiences et de les traiter comme si elles n'étaient pas des citoyens à part entière. Dans l'opinion générale, les personnes ayant des déficiences étaient par essence limitées, une vision qui a été quelque peu tempérée par un effort de bonne volonté. On s'imaginait que la science pourrait rendre ces gens « normaux », que les thérapies leur permettraient de participer, du moins un peu, à la vie quotidienne et sociale. On s'est bientôt intéressés à leur potentiel sur le plan de l'employabilité. La Loi de 1961 sur la réadaptation professionnelle des personnes handicapées établissait un mécanisme de partage des frais pour les services de réadaptation dans l'ensemble du Canada.

Le mouvement de défense des droits des citoyens et des consommateurs ayant des déficiences s'est organisé dans les années 70. En reprenant à leur compte des concepts et des stratégies utilisés par d'autres mouvements de défense des droits civils, les personnes ayant des déficiences ont commencé à mettre en place leurs propres organismes et à revendiquer leurs droits à l'autodétermination et à l'intégration. Ce mouvement a marqué une étape majeure, historique. Auparavant, les autorités de la santé et des services sociaux, de même que les organismes de charité avaient été aux premières lignes pour faire connaître les besoins et les intérêts des personnes ayant des déficiences. Ce modèle mettait l'accent sur la nécessité d'obtenir des dons charitables, du secours et des traitements. Les personnes ayant des déficiences recevaient le message qu'elles devaient accepter ce qui leur était donné avec humilité et qu'il leur fallait se battre et prendre tous les moyens de réadaptation pour s'adapter au reste du monde. On parlait très peu de la réticence générale de ce monde dit normal à se doter de moyens pour intégrer les personnes ayant des déficiences.

Les Manitobains ayant des déficiences ont joué un important rôle de leadership dans le mouvement mondial d'intégration des personnes ayant des déficiences. Déjà dans les années 20, la Winnipeg League of the Hard of Hearing était mise sur pied et beaucoup d'autres ont suivi. Les années 70 ont vu naître des organismes regroupant des personnes atteintes de déficiences diverses, qui unissaient leurs efforts pour obtenir l'accès, l'égalité et l'intégration. Ces organismes, tels que la Manitoba League of the Physically Handicapped (devenue depuis la Manitoba League of Persons with Disabilities) et la Coalition des Organisations Provinciales Ombudsman des Handicapés (maintenant le Conseil des Canadiens avec déficiences) ont été créés grâce au leadership de Manitobains comme Alan Simpson, maintenant décédé. Ce leadership a ouvert la voie à la création d'organismes comme l'Organisation mondiale des personnes ayant des déficiences à l'échelon international; le Universal Design Institute dans le domaine de la conception, ainsi que le Canadian Centre on Disability Studies, qui oeuvre dans le domaine de la recherche universitaire.

Les personnes ayant des déficiences font entendre leur propre voix depuis plusieurs décennies. Elles ont livré leur message dans des documents tels que le Rapport sur les obstacles; le rapport Pleine participation 92; À l'unisson :Une approche canadienne concernant les personnes ayant des déficiences - Document d'orientation; Two Hundred and Forty-Four Voices, et dans d'innombrables autres rapports qui sondaient le point de vue des citoyens ayant des déficiences. Dans tous ces documents, le message apparaît clair et univoque : les problèmes les plus importants qu'elles vivent ont très peu à voir avec la nature biologique de leurs déficiences. De fait, les problèmes les plus urgents relèvent des conditions de vie en société, et plus particulièrement des obstacles qui privent ces personnes de leur droit de profiter de tous les aspects de la vie quotidienne.

La philosophie et le modèle dont s'inspire le présent Livre blanc reposent sur la primauté de la nature sociale des déficiences sur leur origine biologique. En affirmant que les déficiences sont le fruit d'une construction sociale, on affirme en fait qu'elles découlent avant tout de l'incapacité de la société à accepter les différences biologiques. Par exemple, la myopie devient une déficience seulement si une personne ne peut s'offrir des lunettes. Une incapacité ou une différence physique devient une déficience seulement si les infrastructures sociales et physiques sont conçues et maintenues d'une façon qui restreint ou empêche les personnes qui en sont atteintes d'y avoir accès. Dans ce contexte, la notion d'accès dépasse largement les structures physiques : elle englobe l'information, le marché du travail et le processus d'élaboration des politiques. Cette approche met en relief la nécessité de considérer les personnes ayant des déficiences comme des citoyens à part entière qu'il faut intégrer à la société, et non comme des victimes qu'il faut aider à se guérir elles-mêmes.

La plupart des personnes ayant des déficiences se considèrent comme étant autonomes et capables de s'occuper d'une grande partie des aspects de leur vie. La majorité ne sont pas inaptes au travail de façon permanente et ne se considèrent pas comme telles. La population manitobaine comprend de mieux en mieux cet état de fait. Les jeunes Manitobains qui atteignent l'âge adulte ont fréquenté un système scolaire beaucoup plus ouvert que ce n'était le cas auparavant. Les plus jeunes en particulier savent que la structure sociale ne doit pas être conçue d'une façon qui exclut d'emblée les personnes ayant des déficiences. Les changements sociaux rapides qui touchent les personnes ayant des déficiences nous poussent à réfléchir, beaucoup plus qu'avant. De l'exclusion économique qui en faisait des mendiants à l'intégration économique à titre de travailleurs; de l'isolation dans les institutions à l'inclusion dans nos communautés, les personnes ayant des déficiences ont vu leur rôle social se transformer rapidement au cours des quinze dernières années, et ce mouvement ne fait que s'accélérer.

Les politiques et les programmes doivent prendre en compte les besoins changeants des personnes ayant des déficiences de même que l'évolution des attitudes du public. Pour leur donner la possibilité de devenir des participants à part entière à notre société, nous devons poursuivre nos efforts vers l'abolition des obstacles et de la discrimination systémique.

Il est temps de mettre cette vision à exécution. Le gouvernement peut faire beaucoup en améliorant des programmes existants et leur coordination. Il devra aussi faire de nouveaux investissements. Le passage des paroles aux actes nécessitera le soutien des personnes ayant des déficiences elles-mêmes et de l'ensemble de la population manitobaine. Il faudra en outre concevoir des cadres de responsabilisation qui permettront de mesurer l'efficacité des programmes. Notre engagement envers le changement, l'établissement de partenariats et la responsabilisation nous guidera vers l'atteinte de notre objectif de redonner aux personnes ayant des déficiences leur statut de citoyens à part entière. Les changements que nous proposons ont pour fondement et inspiration la philosophie et la vision décrites dans les sections suivantes.

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